« Sous le pont Mirabeau coule la Seine/ et nos amours faut-il qu’il m’en souvienne ? » Nous étions seuls ou, du moins, feignais-je d’ignorer les autres femmes très maquillées, trop vulgaires à mon goût. « Je m’appelle Marika… » me dit-elle en souriant. Je ne disais mot. Elle était brune, les cheveux lisses jusqu’aux épaules, plutôt svelte et jolie. Je me sentais mal à l’aise. Marika souriait toujours . « Je n’ai pas trop de temps » articulai-je. Je dois rejoindre les autres… » Je fis quelques pas, me retournai : elle n’avait pas bougé : « Ce soir, peut-être ? lui dis-je rapidement. Vers 9 heures ? »
Marika s’esclaffa : « On ne dirait pas plutôt 21 heures en français ? » J’acquiesçai et m’enfuis sans me retourner.

Bien entendu, j’arrivai en retard au congrès. Une place était restée libre près de Vasile. Je préférai l’ignorer, m’installant au dernier rang à côté d’un Macédonien qui me regarda curieusement. En anglais, je lui demandai si les débats avaient repris depuis longtemps. Il rit et me dit que oui. Maintenant, les invités allaient lire quelques poèmes ajouta-t-il. Je n’arrivais pas à me concentrer pour écouter les interventions. Je pensai à… Je fermai les yeux un instant. Une bourrade de mon voisin macédonien me ramena à la réalité :
 « Hey,  it’s your turn ! » Comment connaissait-il mon nom ? C’est vrai, j’ avais oublié que nous portions tous un badge avec notre identité et notre nationalité. On venait de m’appeler.
D’un pas mal assuré, je me suis dirigé vers la tribune…Je m’approchai du micro… J’aurais tellement voulu qu’elle soit là dans la salle…

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