Bien sûr, le lendemain, je revis Marika et le surlendemain encore… Mon séjour touchait à sa fin. J’aurais voulu… Qu’est-ce que j’aurais voulu, au juste ? Prolonger mon séjour ? Ne plus la retrouver le soir « vers 21 heures » ? Rompre, si on peut utiliser un mot aussi ambigu… ou tout simplement annoncer d’un ton léger à ma famille: « Voilà, je vous présente Marika. Elle est étudiante en français, elle se prostitue pour payer ses études. Elle va loger chez nous » ? Mais, c’est bien connu, l’être humain est généralement veule. Sans doute ne faisais-je pas exception à la règle.
La veille de mon départ arriva. Ce soir-là, elle n’était pas « prise » ou, peut-être, s’était-elle libérée pour moi . J’arrivai un peu en avance sur la « fameuse » place où la fraîcheur vespérale avait cessé de m’atteindre. Comme si elles s’étaient donné le mot depuis le début, les prostituées ne firent pas attention à moi. Ni moi à elles. Toutes vêtues de noir…elles allaient et venaient en silence. A quoi était due cette tenue inhabituelle ? Vaguement écoeuré par des parfums bon marché, trop capiteux à mon goût, j’errai au milieu d’un étrange ballet féminin qui m’évoquait celui de la mort en quête de quelques victimes consentantes . J’avais la gorge sèche. Mon étudiante se précipita vers moi, la main tendue. Elle avait l’air ravie de me voir. Je gardai cette main dans la mienne, un peu trop longtemps peut être.
|
|
|